Historique de la Manille

Tout le monde a en mémoire la célèbre partie de manille dans Marius de Marcel Pagnol : César : Oui, tu me fends le coeur. Pas vrai, Escartefigue ? Il nous fend le coeur. Escartefigue : Très bien ! (il joue un coeur) Panisse : Est-ce que tu me prends pour un imbécile? Tu as dit : "Il nous fend le coeur" pour lui faire comprendre que je coupe à coeur. Et alors il joue coeur, parbleu ! Tiens, les voilà tes cartes, tricheur, hypocrite ! (il jette ses carte au visage de César) Comme la belote dont c'est une cousine éloignée, la manille est très répandue dans le Sud Est de la France et a de mombreuses variantes. La manille parlée en est une des plus répandues. La manille est originaire d'Espagne où elle est pratiquée depuis au moins le début du xviiie siècle, d'abord sous le nom de malilla mais aujourd'hui sous celui de manilla, avec un jeu de 48 cartes aux enseignes espagnoles. Un tel jeu a la particularité de ne comporter que neuf cartes basses – de l'as au neuf – par enseigne. Au jeu de la manilla, c'est la plus haute de ces cartes – donc le neuf – qui est choisie pour être la plus forte des douze que compte chacune des quatre enseignes, et on lui attribue le nom de manilla. L'as prend la deuxième place. En passant en France, dans la deuxième moitié du xixe siècle, le jeu a pris le nom de manille, et la seule modification apportée a été l'utilisation d'un jeu de 32 cartes aux enseignes françaises. De fait, la plus haute des cartes basses, qui était le neuf à la manilla, est devenue le dix à la manille. L'as prend, comme à la manilla, la deuxième place, et il porte le nom de manillon. Dès la fin du xixe siècle, la manille a connu plusieurs variantes telles que la manille parlée, la manille aux enchères, la manille aux enchères avec misère, le dix-sept, la manille à deux. De son côté, vers le milieu du xxe siècle, une variante de la manilla a fait son apparition en Catalogne sous l'appellation de botifarra. Celle-ci, qui permet d'une part au donneur, ou à son équipier, de choisir l'atout, contrairement à la manilla où l'atout est imposé par la retourne de la dernière carte distribuée, et d'autre part à l'équipe adverse de contrer pour doubler les points du coup, diminue la place du hasard dans le jeu. La botifarra a fini par supplanter la manilla en Catalogne. En France, après s'être implantée dans le grand sud-ouest, la manille s'est propagée dans toutes les régions et elle est devenue le jeu le plus populaire pratiqué dans les bars et les cafés. L'exemple le plus notoire de sa popularité est la fameuse partie de cartes de la pièce (puis du film) de Marcel Pagnol,  Marius (1929 pour la pièce, 1931 pour le film). Cependant, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, un autre jeu, proche en apparence, la belote, prend de plus en plus d'ampleur et, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, devient le jeu le plus populaire en France, supplantant la manille. La manille, qui possède de nombreuses déclinaisons, ne doit pas être confondu avec la coinche qui est une variante de la belote. La Manille se joue à 4 avec un jeu de 32 cartes en deux équipes de 2. Donne Le jeu est mélangé et coupé. Le donneur distribue ensuite 8 cartes, 2 par 2, en commençant par le joueur situé à sa droite et en tournant dans le sens inverse de celui des aiguilles d’une montre. La dernière carte est retournée; elle détermine la couleur de l’atout. Le donneur pourra l’intégrer dans son jeu au début de la première levée. Si cette carte a une valeur non nulle, le donneur peut directement marquer les points correspondants. Jeu L’ordre des cartes est le suivant : 10 (« la manille » : 5 points), As (« le manillon » : 4 points), Roi (3 points), Dame (2 points), Valet (1 point), 9 (0 point), 8 (0), 7 (0). Le joueur situé à droite du donneur a la main. Lui et son partenaire peuvent alors se poser des questions. Questions et réponses doivent être simples, claires et nettes. Elles ne doivent être accompagnées d’aucun signe. Si un des joueurs ment, la donne est annulée et une pénalité est appliquée. Chaque joueur pose une carte. Il est obligatoire de jouer dans la couleur et de mettre une carte plus forte sauf si c’est le partenaire qui mène. Si le joueur n’a pas de la couleur, il est obligatoire de couper, et de mettre un atout plus grand que ceux déjà joués. Il est toutefois possible de ne pas couper si : • le partenaire est maître, • le joueur n’a pas d’atout plus grand que ceux déjà joués. Si une de ces règles n’est pas respectée, on dit qu’il y a « renonce ». Le coup est alors annulé et le camp qui a renoncé est pénalisé. Le joueur qui a posé l’atout le plus fort, ou, à défaut, la carte la plus forte dans la couleur demandée, remporte le pli. Il entamera pour le pli suivant et aura le droit de dialoguer avec son partenaire. Décompte des points On compte les points marqués par chaque camp en additionnant les points des cartes ramassées ainsi qu’un point par pli remporté. Le camp ayant le plus de points remporte le tour et marque le nombre de points au delà de 34 (exemple : si A a 20 points et B 48, B gagne et marque 12 points). Si les deux camps ont le même total (soit 34 points sur un total de 68), le tour est nul et personne ne marque. Si un des camp a renoncé, menti ou triché (parole en dehors de son tour, …), le coup est annulé et le camp adverse marque 34 points. Le jeu se joue en deux manches gagnantes de 50, 100 ou 150 points. Si chaque camp remporte une manche, une « belle » déterminera le vainqueur. Variante : la manille muette Les règles sont les mêmes sauf que le tour de parole n’existe plus.
